Le sans-abrisme, ça peut arriver à tout le monde venant de milieux défavorisés. Réussir le plus possible pour au final redonner. Je m'appelle Ouatara Sindou, actuellement en M1 à HEC Paris. Je viens de la Côte d'Ivoire où j'ai obtenu mon baccalauréat. Ensuite, j'ai obtenu une bourse d'études de la Providence pour effectuer ma classe préparatoire au Maroc. C'est à l'issue de deux années de classe préparatoire que j'ai intégré HEC Paris au cours de ma L3. Dans le parcours Engagement, j'ai eu à effectuer trois semaines de stage. J'étais à la RATP. Ma mission principale, et celle de la RATP, consistait à accompagner les agents du recueil social dans leurs différentes maraudes, dans leur assistance aux sans-abri qui ont trouvé refuge dans les stations de métro parisiennes. Je dirais, dès le départ, ce qui m'a mis en difficulté, c'est vraiment ma manière de communiquer avec eux. Et c'est surtout des gens qui ont besoin d'être écoutés. On connaît tous les stations parisiennes, tout le monde passe. Personne ne fait attention à ces gens-là. Il n'y a que nous qui faisons attention à ces gens. Donc le fait de les approcher, de pouvoir les écouter, de pouvoir leur parler de la meilleure des façons, je dirais, ça s'apprend avec l'expérience. Les sans-abri ne s'ouvrent pas aussi facilement. Nous, notre mission, par exemple, c'était de suivre sur une longue période chaque personne. Donc la première fois, ils nous rejettent, la deuxième fois ils nous rejettent. Mais on continue, on continue, on continue et, à la fin, ils s'ouvrent à nous. Ils nous racontent leur histoire, ils nous disent de quoi ils ont besoin et ça en dit long sur la confiance. La confiance se détériore de plus en plus dans notre société, dans le tissu social, et c'est important de la recréer. Ce qui nous est enseigné, c'est que le sans-abrisme, ça peut arriver à tout le monde. Donc ce n'est pas une question d'exclusivité, c'est juste des gens qui, à certains moments, ont connu des difficultés. Ils sont juste tombés. Et le capitalisme en lui-même repose sur l'égoïsme. C'est imaginer une société qui repose sur l'égoïsme et le manque de solidarité. Ça en dit long déjà sur ce qu'est le sans-abrisme. Je pense que ce n'est pas aux entreprises d'être morales, mais aux dirigeants d'entreprise de mettre en œuvre des actions concrètes pour essayer d'adresser la question du sans-abrisme et de l'inclusion sociale en général. Là, je vais encore raconter un autre fait, c'est que j'avais rencontré lors des maraudes un autre sans-abri qui, du coup, venait d'Afrique, qui avait traversé la mer. Quand il est arrivé, il a essayé de trouver un boulot ici que personne ne veut faire. Il essayait de trouver ces types de boulots mais on les lui a refusés. Donc là, tu te dis : on refuse à quelqu'un un boulot que personne ne veut faire. Donc ça dit déjà de la considération qu'on a pour cette personne. Moi, c'est plutôt ma manière de voir les choses. Donc d'ici, on ne peut que voir la situation. Mais est-ce qu'à mon échelle je peux faire quelque chose ? Oui, c'est toujours mieux de faire ce qu'on peut pour venir en aide à cette personne. Personnellement, venant d'un milieu défavorisé, j'ai vu des proches perdre leur vie parce qu'on n'avait pas les moyens de les soigner, d'accéder aux soins appropriés. Moi, dans ma tête, c'était réussir. Réussir le plus possible pour au final redonner. C'était vraiment ça ma philosophie. C'est ce qui m'a guidé jusque-là. Avant même mon baccalauréat, j'avais déjà compris que si je n'avais pas obtenu la bourse d'excellence, peut-être que j'allais me retrouver comme ces gens-là, sérieusement. Et j'allais me retrouver comme eux très vite aussi. J'ai très vite compris. Donc je me suis mis au travail à l'école et j'ai obtenu la bourse d'études. Donc on m'a dit : tu dois toujours viser au-delà, donner le maximum possible et redonner. Redonner et redonner.